Forum des Céréaliers : défendre la production pour construire les prochaines décennies
Le 5 mars dernier, le Forum des Céréaliers organisé dans le cadre de la tournée régionale de l’AGPB a réuni une cinquantaine d'agriculteurs. Un rendez-vous attendu, lors duquel les producteurs ne se sont pas privés d'exprimer leur frustration face à la situation de la filière, ce qui a permis au président de l'AGPB et de la FOP de défendre leur travail et revenir sur les combats gagnés et ceux en cours. Pour introduire la rencontre, Eric THIROUIN et Benjamin LAMMERT (respectivement présidents de l'AGPB - producteurs de blé - et de la FOP - producteurs d'oléoprotéagineux) ont brossé les évolutions et le travail passés des filières de SCOP, avec comme constat : on évoque avec nostalgie les « 30 glorieuses » mais depuis une trentaine d’années, la donne a changé : volatilité des marchés, explosion des charges, inflation, accumulation de normes, concurrence internationale… Ces « 30 laborieuses » ont profondément fragilisé les exploitations. Face à ces enjeux, l’AGPB et les filières végétales poursuivent leur action sur de nombreux volets.Dans l'immédiat, les syndicats des grandes cultures ont demandé à l'État français un soutien économique immédiat aux exploitations et une enveloppe de 100 millions d’euros a été demandée à la Commission européenne. Le lancement du fonds d'urgence, bien qu'insuffisant, montre surtout que le message porté par les syndicats des grandes cultures depuis 2023 commence à être entendu et le regard des politiques commence à changer : oui les productions végétales peuvent aussi avoir besoin de soutien. C'est particulièrement le cas dans les Zones Intermédiaires dans lesquelles se trouve toute la région de Bourgogne : plusieurs agriculteurs ont pris la parole pour exprimer leur lassitude sur ce dossier, lancé depuis de nombreuses années et pourtant toujours en attente d'avancées concrètes. En réaction, les présidents des deux syndicats ont réaffirmé leur position de premiers défenseurs des intérêts des Z.I. En conséquence, la profession attend désormais des actes durables : - l’adoption rapide d’une loi d’urgence agricole, - La prolongation de la suspension des droits de douanes sur les engrais, aujourd’hui prévue pour un an et des clarifications rapides sur le MACF, - la construction d’un véritable plan de souveraineté sur les engrais. De plus, pour sécuriser les revenus dans un contexte de volatilité accrue, les outils de gestion des risques doivent évoluer. La profession a par exemple obtenu l’adaptation du calcul de la moyenne olympique pour l'assurance récolte (passée de 5 à 8 ans), la limitation des volumes de blé ukrainien sur le marché européen (revenu au même niveau qu'avant la guerre). Elle ne manque pas d'autres pistes de travail, comme le rehaussement du prix d'intervention sur le blé (aujourd'hui à 101 €/t…) pour remettre en place un véritable filet de sécurité. Les différents intervenants ont également souligné plusieurs fois l'importance de développer des solutions avec les acteurs économiques. Bien que le rôle du syndicalisme soit d'abord d’être un contre-pouvoir, le monde agricole ne peut pas attendre que les solutions viennent uniquement du pouvoir politique. Il faut aussi agir sur le plan économique, en travaillant avec les coopératives, les opérateurs et l’ensemble de la filière. Enfin, selon Eric THIROUIN, nous sommes aujourd'hui à un moment charnière, à la fin d'un cycle économique. Alors après les « 30 glorieuses » et les « 30 laborieuses », une question s’impose : comment inventer les trois prochaines décennies ? Les décisions politiques, commerciales et environnementales prises aujourd’hui conditionneront directement la capacité de production et la souveraineté alimentaire de demain. Un défi que relèvent les syndicats des filières de grandes cultures.